« … et j’appris ainsi à vivre ma vie non pas selon un quelconque plan conscient ou un design pré-arrangé mais comme quelqu’un qui suivrait le vol d’un oiseau. » Laurens Van Der Post

C’est à la fin de sa vie, après trente années au contact des Bushmen (vous vous rappelez le film « Les dieux sont tombés sur la tête ! » ?), que le vieil anthropologue a exprimé cette pensée.

Van Der Post a écrit son œuvre dans les années cinquante et soixante, et son apport a été instrumental dans la redécouverte nord-américaine de l’importance des rites de passage.

Cette phrase ressemble à quelque chose qui se cristallise de plus en plus dans mon propre cœur : une révérence absolue et inconditionnelle pour le mystère de vivre (sur les sommets comme dans les trous noirs) ; un lâcher-prise sur le fait de vouloir comprendre à tout prix le sens de cette aventure extravagante (ma propre vie, la vôtre…) ; et une relaxation quant à vouloir à tout prix contrôler le vol de l’oiseau.

La maturité, les amis !

Paule

 

L’albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire